Romantisme, Parnasse, symbolisme… et Baudelaire dans tout ça ?

Baudelaire photographié par Marjat, 1863

« Baudelaire est le premier voyant, le roi des poètes, un vrai Dieu. », écrit Rimbaud dans sa « Lettre du Voyant ».

Charles Baudelaire arrive à la croisée de deux mouvements qui se font concurrence : le romantisme et le Parnasse. Il ne se range cependant pas dans un camp ou dans l’autre, mais réussit le défi de combiner les deux dans une œuvre révolutionnaire : Les Fleurs du Mal. En outre, il anticipe le symbolisme et reprend des thématiques baroques.

Le romantisme se retrouve dans la figure du poète incompris et isolé de « L’Albatros », des schémas de vers nouveaux comme dans « Une Charogne ». Le Parnasse se retrouve dans des poèmes, parfois sonnets, à la forme exemplaire, la rigueur dans l’écriture.  Le principe des « correspondances » entre les cinq sens développé dans le recueil anticipe le symbolisme en ce qu’il met en lien plusieurs éléments, comme pour créer une nouvelle réalité loin de nos conceptions habituelles à décoder.

La poésie baudelairienne mêle des thématiques traditionnelles telles que la femme aimée, la mort, la nature, mais en les traitant différemment. Fasciné par l’urbanisation de Paris, il introduit aussi le thème de la métamorphose de la ville. Enfin, sa poésie met explicitement en lumière des vices de la société (alcool, drogue, prostitution), se faisant volontairement provocante et choquante. Toujours dans cette volonté de s’attaquer aux bienséances, Baudelaire intègre à son recueil six poèmes sulfureux, qui lui ont valu un procès et qui ont été ôtés de l’œuvre finale.

Les Fleurs du Mal, c’est avant tout le refus d’une seule ligne à suivre. « Spleen et Idéal », première section du recueil, réunit les opposés : bien et mal, beauté et laideur, bonheur et tristesse…

Frontispice de la première édition des Fleurs du Mal (1857), abondamment annoté par Baudelaire

Le Spleen de Paris, recueil de poèmes en prose, a aussi contribué à la révolution poétique initiée par Baudelaire. En effet, cette forme d’écriture inédite signe le véritable départ de la poésie de la modernité. Elle sera reprise par Rimbaud quelques années plus tard dans ses Illuminations, poèmes qui restent encore aujourd’hui de véritables énigmes.