Préambule de La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – de Gouges

Analyse linéaire

Les mères, les filles, les sœurs, représentantes de la nation, demandent d’être constituées en Assemblée nationale.

Considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes mœurs, et au bonheur de tous.

En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l’Être suprême, les droits suivants de la femme et de la citoyenne.

            Résumé à trous : s’assurer de la bonne compréhension du texte

            Dans le préambule de La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges, personnalité féminine emblématique de la ………, justifie le sens de son texte, écrit sur le …….. de La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

            Elle y explique l’importance d’inclure les femmes dans la ……….. et, plus généralement, qu’elles soient le …….. des hommes. Elle tient la ………. des droits de la femmes pour responsable de vices qui accablent la ……….., soutenant qu’avoir la place qui leur revient ……….. améliorerait sensiblement la condition de ……..

            Ce préambule suit des modèles connus de l’art de la ……… : discours construit sur des rythmes ……….., période structurante, stratégies pour permettre aux récepteurs et réceptrices de se sentir …….., résonnance permanente de …………

modèle – négligence – rhétorique – vie politique – Révolution française naturellement – inclus – strict égal – société – tous – ternaires – l’idée majeure

Introduction

Amorce : contexte historique : le 26 août 1789, peu après le début de la Révolution française, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est proclamée par une assemblée constituante, anticipant la rédaction d’une constitution. Le corps politique, presque exclusivement masculin, ne se penche pas sur la condition de la femme. Ainsi, deux ans plus tard, en 1791, dans une brochure destinée à la reine Marie-Antoinette, Olympe de Gouges rédige « La Déclaration de la femme et de la citoyenne », sur le même modèle que celle de l’homme.

Présentation du texte : Notre texte est le préambule à la DDFC, dans lequel l’autrice présente et justifie son projet.

Problématique : Comment Olympe de Gouges envisage avec conviction et énergie la femme comme une composante essentielle de la vie politique ?

Annonce du découpage : Nous identifions nettement trois mouvements dans ce texte : l.1 et 2 : l’annonce explicite du projet, l.3-11 : la justification du projet, l.12-14 : la déclaration.

I – Annonce du projet 

L.1 : ouverture sur un rythme ternaire, procédé rhétorique qui crée de la régularité et apporte de la force au propos. La dénomination des femmes par le statut familial (« mères », « filles », « sœurs ») permet que celles qui ne se sentent potentiellement pas concernées en raison de leurs obligations familiales soient tout autant investies. D’ailleurs, ces trois termes créent comme une unités au sein du ‘groupe femme’ lui-même. Ce texte est lui-même destiné à Marie-Antoinette, montrant que les femmes les plus retirées de la société trouvent autant d’importance que la reine.

L’utilisation de la troisième personne permet de parler au nom de toutes les femmes. L’apposition « représentantes de la nation » inclut dès l’abord la dimension politique de son propos, comme pour surpasser le rôle familial qui est (censé être) le leur.

L.2 l’expression « Assemblée nationale » est une terminologie directement empruntée à l’Assemblée nationale constituée par les hommes. La volonté d’égalité est donc d’emblée signifiée.

Avec un projet si novateur et surprenant au regard des mœurs de l’époque, l’autrice conçoit une révolution au sein même de la révolution.

II – Justification du projet

Cette longue phrase est le cœur de notre texte. C’est une période divisée en quatre fragments identifiables par l’anaphore sur « afin que », sous forme de rythme ternaire. L’accumulation de ces trois propositions circonstancielles de but marque la visée argumentative et persuasive du propos. Le discours n’est donc absolument pas anarchique, et brille même par sa construction exemplaire.

A L.3-5

L.3-4 : aussi un rythme ternaire, sur trois vices : « l’ignorance » « l’oubli » « le mépris ». En les tenant pour cause des « malheurs publics », Olympe de Gouges sous-entend une certaine urgence. Aussi, « les seules causes des malheurs publics » : entre l’hyperbole et la révélation, l’autrice se positionne de façon très tranchée, en accord avec ses revendications quasi révolutionnaires. 

L.5 : rythme ternaire encore. Le rappel qu’il s’agit de « droits naturels » induit que ne pas les accepter va contre l’ordre des choses. Le terme « sacrés » fait partie du lexique du divin : signifie que la cause des femmes dépasse le monde d’en bas. La parole d’Olympe de Gouges se fait quasi messianique.

B L.5-7

Droits de la femme qui doivent trouver une dimension totalisante et universelle dans l’espace (« à tous les membres du corps social ») et dans le temps (« constamment » et « sans cesse »). Champ lexical totalisant qui ne laisse pas place à la contestation, champ lexical poursuivi dans la troisième partie de la période avec « à chaque instant ».

C L.7-9

« les actes du pouvoir des femmes » : anticipe l’effectivité théorique de cette déclaration. « à chaque instant comparés » : égalité totale entre les « actes » des femmes et des hommes ».

D L.9-11

L.10 : gradation « désormais (…) toujours » : idée de progression. La possible amélioration de la condition de la femme n’a pas vocation à se limiter au moment présent, implique un engagement sur le long terme.

L.11 : polyptote : « bonnes » et « bonheur ». Implique que la société a tout à gagner à mieux considérer la femme : il ne s’agit pas que d’une opportunité politique pour les femmes, mais d’une opportunité collective, en accord avec la fin « des malheurs publics et de la corruption des gouvernements ». Le dernier fragment, « et au bonheur de tous », est d’ailleurs mis en apposition, ce qui l’accentue.

III – Une égalité absolue de droit divin

L.12 : « le sexe supérieur » : l’autrice englobe l’ensemble des femmes sur le point commun de leur sexe, insistant sur ce qui cause leur différence de traitement. Rappelle que peu importe la femme qu’on est (épouse, mère, fille, sœur, reine – ce texte est adressé à Marie-Antoinette), ce point commun légitime une union complète.

Comparaison qui lie « beauté » et « courage », façon de mettre à égalité ce que l’on associe traditionnellement à la femme pour l’un, à l’homme pour l’autre. La mention de la « beauté », du « courage » et des « souffrances maternelles » offre une triple vision de la figure féminine, entre tradition et mise au goût du jour : la femme séductrice, vaillante, et sa fonction naturelle de mère. Ces trois attributs suggèrent un potentiel non négligeable, en l’occurrence dans la vie politique.

L.13 : « sous les auspice de l’Être suprême » : fait de la cause féminine une cause divine. Cela légitime d’autant plus le propos à venir, et l’autrice devient comme le porte-voix d’une parole supérieure.

L.14 : le préambule s’achève sur « les droits (…) de la femme et de la citoyenne », formule engageante.

            Conclusion

Rappel des idées majeures : I) Un projet totalisant à la demande explicite II) Une rhétorique brillante pour légitimer l’égalité des sexes III) Un appel à l’unité pour l’égalité absolue, qui est le fait de Dieu.

Le tout est empreint d’un rappel constant de la nécessité voire l’urgence de réévaluer la place de la femme en société. Toutes les femmes doivent se sentir concernées, jusqu’à la reine.

Propositions d’ouverture, au choix :

– Autre œuvre d’Olympe de Gouges : Zamore et Mirza ou l’Esclavage des Noirs (1792): les combats pour l’égalité de de Gouges ne se limitent pas à la cause des femmes. A son combat pour l’égalité des sexes s’ajoute la cause anti esclavagiste, ce qui fait d’elle une précurseuse et du féminisme et de l’abolition de l’esclavage.

Lady Roxana ou l’Heureuse Maîtresse (1724), Daniel Defoe : autre approche de l’émancipation féminine au XVIIIe siècle, cette fois en ce qui concerne le rapport de dépendance voire de soumission au mari, défiant les morales de l’époque.