Les figures de style

Les principales figures de style :

Une figure de style, c’est une façon d’écrire qui sort de l’ordinaire, qui rend un propos particulier et singulier. Quand nous parlons, dans les publicités, dans des écrits de tous les jours, il y a plein de figures de style. Facile de s’entraîner à les trouver pour mieux les apprendre !

Dans les figures présentées ici, tu as des exemples littéraires et communs, pour que tu te rendes compte à quel point on en utilise souvent. Tu pourras écrire toi-même un exemple.

L’un de mes plus grands regrets, c’est que beaucoup de figures de style aient un nom compliqué alors qu’elles désignent des choses simples.

Pour commenter un texte, il est nécessaire de repérer plusieurs figures de style et de bien les nommer. Cela fera la différence sur ta copie.

            La comparaison :

C’est la mise en relation de deux ou plusieurs éléments différents grâce à un point commun et avec un outil comparatif : comme, pareil, semblable, ainsi que…

Littéraire : « Les rayons filtrent en s’enflammant ainsi que des lanternes » (Baudelaire)

Commun : Mon frère est rouge comme une tomate.

Mon exemple :

            La métaphore :

C’est la mise en relation de deux ou plusieurs éléments grâce à un point commun, mais sans outil de comparaison. Etymologie : phore = image, méta = au-delà. Il faut voir au-delà de l’image présentée. Les formes de métaphores dans la littérature sont très variées, parfois difficiles à repérer. Les éléments mis en relation ne sont pas toujours tous évoqués.

L : « L’or du soir qui tombe » (Hugo) (pour désigner le soleil qui se couche)

C : Mon père a réparé la voiture, quel magicien ! 

C : L’Hexagone (pour parler de la France)

Mon exemple :

            La personnification / l’allégorie / la prosopopée :

 – Une personnification, c’est quand on donne des caractéristiques humaines à un objet. 

L : « C’est un trou de verdure où chante une rivière » (Rimbaud)

L : « Le ciel regardait la carcasse superbe » (Baudelaire)

C : La grande dame de fer : c’est une expression pour désigner la Tour Eiffel

Mon exemple :

– Une prosopopée, c’est quand on donne voix à des choses inanimées ou à des morts.

L : « C’est un trou de verdure où chant » (Rimbaud)

L : « Les orgues de Barbarie sanglotent » (Apollinaire)

Mon exemple :

– L’allégorie est la personnification d’une idée, d’un concept (quelque chose qui n’est pas un objet ou une personne). Souvent, l’allégorie est associée à des symboles forts.  

C : Marianne : c’est l’allégorie de la France

C : Satan : c’est l’allégorie du mal, du péché

C : Louis XIV : c’est l’allégorie du pouvoir, de la richesse, de la grandeur

Mon exemple :

            L’euphémisme :

C’est une formulation alternative qui consiste à atténuer une réalité jugée choquante (mort et souffrance surtout).

L : « Arrête de jouer avec tes ciseaux » (Eminem) : ne te suicide pas.

L : «  Tu t’es retournée pour me sourire avant de monter

Dans une caravelle qui n’est jamais arrivée.

Je n’oublierai jamais le jour où j’ai lu

Ton nom mal écrit parmi tant d’autres noms inconnus

Sur la première page d’un journal » (Nino Ferrer) : ton avion s’est crashé et tu es morte.

C : Mon grand-père nous a quittés / est parti / est dans les étoiles : Mon grand-père est mort.  

Mon exemple :

            L’oxymore / l’antithèse :

– Un oxymore, c’est la juxtaposition de deux termes opposés pour établir un contraste.

L : « Un médecin, un auteur, un magistrat, eussent pressenti tout un drame à l’aspect de cette sublime horreur. » (Balzac) : « sublime » et « horreur » sont deux termes opposés.

L : « un lit semé de cailloux » (Baudelaire) : un « lit » est censé être doux, confortable, tout ce qu’on n’a pas quand c’est « semé de cailloux ».

L : « mes détracteurs sont des abeilles sans dard » (dard = ce qui permet à une abeille de piquer) : on connaît l’abeille pour être un animal qui peut nous piquer. Dans ce fragment, Eminem parle de ses adversaires, il souligne donc la violence dont l’abeille peut faire preuve. Or, si l’abeille en question n’a pas de dard, elle ne peut pas être violente. Ici, on a donc un oxymore : si l’abeille ne peut pas piquer, elle n’est plus rien, et les ennemis du chanteur son faibles.

Mon exemple :

– Une antithèse, c’est comme un oxymore, mais lorsque l’on a des groupes de mots et non deux termes.

L : « – Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,

A cette horrible infection,

Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,

Vous mon ange, ma passion ! » (Baudelaire) : il y a un contraste fort entre les deux premiers vers, qui inspirent le dégoût, et les deux derniers, qui inspirent l’amour.

L : « Je vis, je meurs, je brûle et me noie » (Labé) : on ne peut pas mourir et vivre, brûler et se noyer en même temps.

C : Il a beau être le premier de la classe, il est bête comme ses pieds.:à être le « premier de la classe » semble s’opposer à « bête ».

Mon exemple :

            L’antiphrase :

C’est utiliser avec ironie un mot ou groupe de mot, dont il faut comprendre le sens opposé.

L : « un système de liberté sur la vente des productions, qui s’étend même à celles de la presse ; et que, pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement. » (Beaumarchais)

> Figaro ironise sur la prétendue liberté de la presse : en disant qu’il peut « tout imprimer librement », tant qu’il ne parle pas de tous les sujets qu’il a listés, il dit qu’il ne peut en réalité rien imprimer librement. Les expressions « un système de liberté » et « je puis tout imprimer librement » sont donc ironiques.

C : Tu as cassé toutes les assiettes ! Félicitations ! à « Félicitations ! » est bien sûr ironique.

Mon exemple :

            L’hypotypose / l’ekphrasis :

– Une hypotypose, c’est une description détaillée, animée, quasi vivante, qui nous donne l’impression d’avoir l’objet de la description sous les yeux. C’est utilisé dans les tragédies de Racine et Molière : on n’a pas le droit de représenter la mort sur scène, alors on la raconte avec énergie et précision.

L : « Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu’ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s’épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons. » (Baudelaire) : cette description précise et répugnante d’un cadavre qui se décompose au soleil nous donne l’impression de l’avoir sous les yeux.

L : « Son front, volontairement caché sous les cheveux de sa perruque lisse, lui donnait quelque chose de mystérieux. Ses yeux paraissaient couverts d’une taie transparente : vous eussiez dit de la nacre sale dont les reflets bleuâtres chatoyaient à la lueur des bougies. Le visage, pâle, livide, et en lame de couteau, s’il est permis d’emprunter cette expression vulgaire, semblait mort. » (Balzac)

> Balzac décrit très précisément le colonel Chabert, on a l’impression qu’il est devant nous.

C : A la radio (donc sans images) : Le cyclone a ravagé l’île. Les maisons sont tombées en ruine, les arbres se sont abattus sur travers les rues. Des pompiers ont cherché des habitants dans leur maison, marchant tant bien que mal avec de l’eau jusqu’aux genoux.

Mon exemple :

– Un ekphrasis, c’est un type d’hypotypose, quand il s’agit de la description d’une œuvre d’art. Ecris un ekphrasis sur La Naissance de Vénus (Botticelli, 1485), comme si tu devais le décrire à une personne qui ne le voit pas :

            La métonymie / la synecdoque :

– Une métonymie, c’est quand on remplace le contenu par le contenant ou bien l’inverse. 

C : J’ai mangé mon assiette : je n’ai pas mangé l’assiette, mais la nourriture qu’il y avait dedans.

C : La France a voté aux élections : ce n’est pas le pays « France » qui a voté, ce sont ses citoyens. 

Mon exemple :

– La synecdoque un type de métonymie : quand on s’intéresse à un objet. 

 L : « Les voiles descendant vers Harfleur » (Hugo) : c’est tout un bateau qui descend vers Harfleur (ville en Normandie au bord de la mer), et pas seulement les voiles du bateau. 

Mon exemple :

            L’hypallage :

C’est quand on décrit une personne ou un objet en décrivant un autre objet.

L : « Ils marchaient, obscurs, dans la nuit solitaire » (Virgile, traduit par Racine) : ce sont « ils » qui sont solitaires et la nuit qui est obscure.

L : « Un vieillard en or avec une montre en deuil » (Prévert) : c’est le vieillard qui est en deuil et la montre qui est en or.

Il y a un cadavre devant la mer ensanglantée : c’est le cadavre qui est ensanglanté, pas la mer.

Mon exemple :

La plupart des poèmes d’Alphonse de Lamartine sont assez tristes, mais il ne décrit que rarement ses propres sentiments. A la place, il parle de la nature en évoquant des arbres morts, des feuilles qui tombent etc. On comprend que la nature triste qu’il décrit permet de partager indirectement son mal-être à lui.

            Le zeugma :

C’est quand on met sur le même plan, avec le même verbe, un sujet au sens propre et un au sens figuré.

L : « La shampooineuse m’aveugle par sa beauté et ses mains savonneuses » (Gainsbourg) : le narrateur est aveuglé au sens figuré par la coiffeuse, qui est très belle, et au sens propre  parce qu’il a du shampoing dans les yeux.

Je voyage aux Etats-Unis et dans mes rêves les plus fous.

Mon exemple :

            La périphrase :

C’est quand on remplace un mot par une expression plus longue. On ne nomme pas l’objet ou la personne en question, mais on le décrit de telle sorte à ce que l’on comprenne que c’est ça et pas autre chose. 

L : « Dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil » (Racine) : toute cette expression veut simplement dire être nu, mais en plus joli.

L : « L’or du soir qui tombe » (Hugo) : le soleil qui se couche.

C : Les sushis ? C’est du poisson cru avec du riz et des algues : ce qui est souligné désigne les sushis.

Mon exemple :

Dans la pièce Andromaque de Racine, Hermione déteste Andromaque. Souvent, au lieu de l’appeler par son prénom, elle utilise la périphrase « la Troyenne » (habitante de la ville de Troie). Cela permet de la mettre à distance.

            La litote :

C’est quand on dit la chose avec une négation pour s’exprimer. Une litote sert à faire comprendre plus. 

L : « Va, je ne te hais point ! » (Corneille) à je ne te hais point = je t’aime.  

C : On ne va pas tarder = On va partir partir. 

C : Cet homme n’est pas une lumière = Il est stupide.

Mon exemple :

Le Rouge et le Noir de Stendhal raconte les aventures de Julien Sorel. Une nuit, Julien veut rejoindre la femme qu’il aime, mais il a très peur d’y aller car le mari de la femme en question est dans sa chambre, pas très loin. Julien entend que ce dernier dort. Le narrateur explique donc :  Il n’y avait donc plus de prétexte pour ne pas y aller. L’utilisation de deux litotes au sein de la même phrase est à l’image de l’hésitation de Julien à se lancer.

            Le polyptote :

C’est la proximité dans le texte de plusieurs mots de la même famille.

L : « Julien ne s’attendait pas à ce nouveau malheur. En le voyant entrer, madame de Rênal se jeta vivement hors de son lit. — Malheureux ! s’écria-t-elle. Il y eut un peu de désordre. Julien oublia ses vains projets et revint à son rôle naturel ; ne pas plaire à une femme si charmante lui parut le plus grand des malheurs. » (Stendhal)

C : Tel est pris qui croyait prendre, c’est l’arroseur arrosé.

Mon exemple :

            L’hyperbole :

C’est une exagération.  

L : « Plus ardent mille fois que tu ne peux penser » (Racine)

C : Il faudrait cent cinquante ans pour te raconter cette histoire.  

Mon exemple :

            L’accumulation ou énumération / la gradation :

– Une accumulation est simplement une énumération.

C : Je voyage avec une valise, un sac, un journal et un appareil photo.

Mon exemple :

– Une gradation est une énumération, mais qui suit un ordre logique, du plus important, grand, précis, intense au moins important ou bien l’inverse. 

L : « Ainsi bijoux, meubles, métaux, dorures / S’adaptaient juste à sa rare beauté » (Baudelaire) : chaque élément est plus grand que le précédent

L : « Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie ! » (Corneille) : les fragments sont de plus en plus longs : 2 syllabes, 4 syllabes, 6 syllabes.

C : Il a invité le roi, le prince, les valets, les paysans à le roi est plus important que le prince, lui-même plus important que les valets, etc.

Mon exemple :

Dans Lettres persanes, la personnage Roxane écrit une lettre de suicide à son mari, dans laquelle elle lui avoue ses infidélités. Sa lettre s’ouvre sur la phrase percutante : « Oui, je t’ai trompé ; j’ai séduit tes eunuques ; je me suis jouée de ta jalousie ; et j’ai su de ton affreux sérail faire un lieu de délices et de plaisirs. » Les fragments, de plus en plus longs et intenses, font de Roxane une personnage provocante qui s’affirme.

            L’anaphore / l’épiphore / l’antépiphore :

– Une anaphore, c’est quand on reprend le même mot ou la même expression en début de phrase ou de morceau de phrase. 

L : « Maintenant que je puis couronner tant d’attraits / Maintenant que je l’aime encore plus que jamais » (Racine)

Mon exemple :

– Une épiphore, c’est quand on reprend le même mot ou la même expression en fin de phrase ou de morceau de phrase.

L : « Et j’irai loin, bien loin » (Rimbaud)

Mon exemple :

– Une antépiphore, c’est quand le même mot ou groupe de mot est repris au début et à la fin d’une phrase ou d’un morceau de phrase. C’est assez rare.

L : « Mortelle, subissez le sort d’une mortelle ! » (Racine)

« Comme vous êtes loin, paradis parfumé,
Où sous un clair azur tout n’est qu’amour et joie,
Où tout ce que l’on aime est digne d’être aimé,
Où dans la volupté pure le cœur se noie !
Comme vous êtes loin, paradis parfumé ! » (Baudelaire)

Mon exemple :

            Le parallélisme / le chiasme :

– Un parallélisme, c’est quand on a à la suite deux ou plusieurs structures similaires. Remarque : les anaphores sont souvent des parallélismes.

« Je ne parlerai pas,

je ne penserai rien » (Rimbaud) : sujet (je) / verbe (parlerai) + sujet (je) / verbe (penserai)

Mon exemple :

– Un chiasme (prononcer [kiasm]), c’est quand on dispose les mots de façon ABBA.

« Vous êtes aujourd’hui

Ce qu’autrefois je fus » (Corneille) : verbe (êtes) / adverbe (aujourd’hui) + adverbe (autrefois) / verbe (fus)

« On m’a vu ce que vous êtes

Vous serez ce que je suis » (Corneille) :

pronom 1ère personne (m’) / pronom 2e personne (vous) + pronom 2e personne (vous) / pronom 1ère personne (je)

Mon exemple :

            La paronomase :

Une paronomase, c’est la proximité dans le texte entre deux mots qui se ressemblent à l’oreille.

L : « Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles » (Verlaine)

C : Qui se ressemble s’assemble.

Mon exemple :

Remarque : des mots qui se ressemblent à l’oreille sont des paronymes. « morts » et « molles » sont paronymes, de même que « ressembler » et « assembler ».

            L’allitération / l’assonance / l’homéotéleute :

Ce sont des figures de style qui caractérisent la répétition d’un ou plusieurs sons dans une certaine portion de texte. Généralement, ce sont les figures les plus faciles à trouver. Pour mieux les repérer, on peut lire le texte à haute voix.

– L’allitération est la répétition d’un même son consonne.

L : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine)

Ma maman murmure.

Mon exemple :

– L’assonance est la répétition d’un même son voyelle.

L : « J’irai loin, bien loin, comme un bohémien » (Rimbaud)

Anna va par là-bas.

Mon exemple :

– Une homéotéleute, c’est quand il y a plusieurs allitérations et / ou assonances en même temps. Entoure de différentes couleurs les sons répétés dans ces quatre vers, et demande-toi si elle te semblent agréables à l’oreille.  

L : « Jamais un rayon frais n’éclaira vos cavernes ;

Par les fentes des murs des miasmes fiévreux

Filtrent en s’enflammant ainsi que des lanternes

Et pénètrent vos cœurs de leurs parfums affreux. » (Baudelaire)

Cette strophe, issue du poème « Delphine et Hippolyte », raconte de deux femmes amoureuses mais qui ne peuvent pas vivre leur amour. Ainsi, les sons rudes que tu as entourés sont à l’image de cette situation tragique et de la violence qui nourrit le poème entier.