Les fautes de langue à bannir

Dans les exemples qui vont suivre, quand un mot ou une expression est précédé.e d’un astérisque c’est qu’il (elle) est incorrect.e. D’ailleurs… Ne confondez pas Astérix, un personnage bien connu de René Goscinny, avec un astérisque (du grec asteriscospetite étoile).

Fautes récurrentes :

 🟠 Il ne faut pas employer à travers à toutes les sauces. L’expression à travers désigne une action physique, tout du moins une image d’action physique : les rayons passent à travers la vitre, une idée est passée à travers mon esprit. Cependant, pour exprimer un moyen, on utilise par le biais de, au moyen de, grâce à, par

Ainsi, on ne dira pas Le poète exprime sa tristesse *à travers un sonnet élégiaque mais Le poète exprime sa tristesse par le biais de / au moyen de / grâce à un sonnet élégiaque.

🟠 Même si c’est toléré, le verbe traduire est à l’origine réservé à l’action de faire passer un énoncé d’une langue à une autre : Baudelaire a traduit Poe.

Dire ‘L’élégie dans « France, mère des arts, des armes et des lois » in Les Regrets (du Bellay) traduit l’admiration du poète pour sa patrie’ n’est pas une faute. Cependant, d’une manière générale et selon le contexte, on préfèrera des verbes tels qu’exprimer, transmettre, montrer, verbaliser…

🟠 On préfère une chose à une autre chose. On ne dira pas Hugo préférait Léopoldine *qu’Adèle mais Hugo préférait Léopoldine à Adèle.

🟠 Pallier est un verbe transitif direct, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de préposition qui le sépare de son complément.

Dans États et Empires de la Lune, Cyrano de Bergerac pallie *au manque de connaissances scientifiques par son imagination / Dans EEL, Cyrano de Bergerac pallie le manque de connaissances scientifiques par son imagination.

🟠 Une faute fréquente : étant donné n’est pas suivi par de.

Étant donné *de la musicalité… à Étant donné la musicalité…

Remarque : dans ce cas précis, donné est invariable.

Un peu de vocabulaire :

🟠 On oublie *au final : on peut remplacer par finalement, au bout du compte, en fin de compte, somme toute, et, si le contexte s’y prête, en conclusion, pour conclure, en définitive.

🟠 On oublie *de base et *à la base : on remplace par au départ, à l’origine.

🟠 On oublie *en plus et *de plus : on remplace par en outre.

🟠 On oublie *du coup : on remplace par dès lors, en conséquence ou ainsi.

🟠 On oublie *par contre : on remplace par cependant, néanmoins, toutefois, en revanche, a contrario

🟠 On oublie *mettre en exergue dans le sens d’insister : on remplace par souligner, mettre en avant, mettre l’accent sur, mettre en relief, mettre en valeur…. Mettre en exergue, c’est faire une référence.

Dans « Une Charogne », Baudelaire met en exergue le poème « Mortel Sonnet » de Chassignet.

🟠 On oublie *questionner : on remplace par interroger, soumettre…

🟠 On oublie *basique : on remplace par simple, originel, évident…

🟠 On oublie *le ressenti : on remplace par sentiment, impression, sensation

🟠 Enfin, on oublie le mot message (le *message du narrateur, le *message transmis au lecteur, le *message de cette fable etc.) : on remplace par visée, objectif, enseignement, morale etc. (bien sûr selon le contexte).

🟠 On gère un budget, une entreprise, une situation, mais on ne gère pas une esthétique, un style, une intrigue. Le verbe gérer n’est pas à bannir, mais il faut savoir l’utiliser.

– L’expression de par est réservée au domaine juridique, on met par, grâce à, en raison de...

On ne dit pas « France, mère des arts… » (du Bellay) est un sonnet lyrique *de par l’expression de la nostalgie mais « France, mère des arts… » est un sonnet lyrique en raison / grâce à l’expression de la nostalgie.

🟠 Attention aux mots tels que collaborer, collaboration, collaborateur : même s’ils peuvent être tout à fait appropriés, n’oubliez pas qu’ils n’en sont pas moins relativement connotés. Par exemple, il est indécent de parler de la *collaboration de Kessel et Druon pour l’écriture du « Chant des partisans ». On parlera plutôt d’écriture à quatre mains, de coopération.

🟠 Porter, mener et leurs composés ont presque toujours le même sens, à cette nuance près : ceux de porter s’utilisent quand on parle d’objets, ceux de mener sont réservés à des humains voire des animaux.

Il lui a *ramené ses livres à Il lui a rapporté ses livres.

Elle a *apporté son chien chez le vétérinaire à Elle a amené son chien chez le vétérinaire.

Gare aux anglicismes !

🟠 On ne *base pas son raisonnement sur tel élément, on l’y fonde !

Les mots de la famille de base s’utilisent dans des expressions telles que : le siège de l’ONU est basé à New-York, une base aérienne.

Réaliser est synonyme d’accomplir et ne peut être relatif à ce qui concerne purement l’esprit. Dans ce contexte, on remplace donc réaliser par se rendre compte, prendre conscience, s’apercevoir.

A la place d’impact, on utilisera influence, portée, bouleversement, conséquenceOn peut parler de l’impact d’une balle, mais pas de *l’impact de la poésie engagée.

Gare aussi aux pléonasmes !

🟠 Même s’ils ne sont pas syntaxiquement faux, les pléonasmes alourdissent le style et montrent un manque de nuance, de finesse quant à la maîtrise de la langue. Voici quelques expressions à éviter : *On peut en plus (r)ajouter (variantes : *(r)ajouter davantage, *encore davantage), *Prévoir à l’avance, *Optimiser au maximum, *Comme par exemple, *Être tous unanimes, *Collaborer ensemble, *Voire même, *Joindre ensemble, *Ainsi donc…

🟠 Se souvenir et se rappeler sont deux verbes synonymes. Cependant, le premier est transitif indirect (il est suivi d’un COI) tandis que le second est transitif direct (il est suivi d’un COD). Ainsi, on ne met jamais la préposition de après se rappeler.

Je me souviens de ce livre / Je me rappelle ce livre.

🟠 Étant donné que se rappeler n’est pas suivi de de, il ne peut pas se construire avec la préposition en.

– Tout à l’heure, je suis passé devant l’église où tu jouais ballon quand tu étais petit, tu vois ? – Oui, je m’*en rappelle très bien ! : Oui, je m’en souviens très bien.

🟠 On ne commence pas une phrase par une conjonction de coordination :

  • on ne dira pas *Mais il faudra voir que…, on dira Cependant / Néanmoins / Toutefois / En revanche / A contrario, il faudra voir que…  Mieux, on peut mettre l’adverbe après le verbe : Il faudra cependant / néanmoins / toutefois voir que…
  • on ne dira pas *Donc on peut affirmer que…, on dira On peut donc affirmer que… ou Finalement / En conclusion / Pour conclure / En fin de compte etc., on peut affirmer que…

Attention : la conjonction de coordination donc ne s’utilise ni en début de phrase ni en début de proposition. Elle doit toujours suivre le verbe…

  • on ne dira pas Cette métaphore est filée, *donc on en conclut que… mais Cette métaphore est filée, on en conclut donc que

🟠 Une structure figée à laquelle il faut faire attention : dans une phrase commençant par un adverbe ou une expression tels que Aussi, Ainsi, Peut-être, De même :

  • soit l’adverbe est suivi d’une virgule, et on maintient l’ordre sujet + verbe + complément
  • soit on ne met pas de virgule et, dans ce cas, on inverse le sujet et le verbe (comme la célèbre formule Ainsi soit-il)

On ne dira pas *Ainsi / Aussi / Peut-être etc. le narrateur explique que… mais Ainsi / Aussi etc., le narrateur explique que ou Ainsi / Aussi etc.  le narrateur explique-t-il que

🟠 La plupart et la majorité peuvent s’accorder au singulier comme au pluriel, les deux sont admis. Enfin une règle facile ! Mais attention tout de même : si vous utilisez plusieurs fois la plupart ou la majorité dans votre devoir, accordez toujours de la même manière.

La plupart des dramaturges classiques écrit en vers. La plupart des poètes du XXe siècle s’engagent dans de nouvelles formes.

🟠 Une faute très courante à éviter : après que est toujours suivi d’un temps de l’indicatif, et non du subjonctif.

Médée a tué ses enfants après que Jason l’*ait trahie se dit en fait Médée a tué ses enfants après que Jason l’a trahie.

Attention à la formulation de la problématique :

🟠 Si elle commence par une expression du type On se demandera si, On verra en quoi, On s’interrogera sur etc., elle finit par un point.

🟠 Si elle commence par Est-ce que, Dans quelle mesure, Pourquoi, Pourrait-on dire que etc., elle finit par un point d’interrogation.

🟠 Attention au double sujet. La formulation suivante n’est pas valable : On verra en quoi ce texte *est-il… L’inversion sujet / verbe est réservée aux questions et à certaines formes figées déjà mentionnées.  

🟠 Sauf dans les formes figées précédemment expliquées et pour le discours direct, on a : inversion sujet / verbe = point d’interrogation ; formule d’introduction (on verra que etc.) = point.

Devant les détails invraisemblables de l’autobiographie de Strindberg, le lecteur *doute-il de la véracité du propos de l’écrivain. : (…) le lecteur doute (…).

Les compléments circonstanciels de concession :

🟠 Bien que + sujet de la subordonnée + subjonctif : Bien que la poésie ne lui plaise pas, elle a aimé Jadis et naguère (Verlaine).

🟠 Même si + sujet de la subordonnée + indicatif : Même si la poésie ne lui plaît pas, elle a aimé Jadis et naguère.

🟠 MALGRÉ (+ le fait que) + NOM / PRONOM + subjonctif : Malgré le fait que la poésie ne lui plaise pas, elle a aimé Jadis et naguère / Malgré sa dépréciation pour la poésie, elle a aimé Jadis et naguère.

Malgré est remplaçable par en dépit de.

On ne vous le dira jamais assez : ban-nis-sez malgré que !