La versification

Définition

La versification, c’est l’ensemble des règles suivies dans l’écriture de vers. L’écriture en vers comprend bien sûr la poésie, mais aussi le théâtre classique (Molière, Racine, Corneille), des épopées (L’Iliade et L’Odyssée d’Homère), par exemple.

Ces règles se manifestent à quatre échelles : le poème en lui-même, la strophe, le vers et la rime. Nous allons étudier précisément chacun de ces éléments.

1 – La strophe

Une strophe, c’est un ensemble de vers formant une unité au sein du poème. On les distingue visuellement car elles sont séparées par une ligne vide.

👉 La strophe la plus fréquente comporte 4 vers : c’est le quatrain.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !
(du Bellay, « Heureux qui comme Ulysse »)

Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge
Vous ne vaudrez guère mieux.
(Corneille, « Stances à Marquise »)

👉 On a ensuite la strophe qui comporte 3 vers : c’est le tercet.

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendres tu reposes.
(Ronsard, « Comme on voit sur la branche »)

Ma soeur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves !
(Baudelaire, « Le Vin des amants »)

👉 La strophe qui comporte 5 vers s’appelle le quintile.

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu
C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu.
(Éluard, « La courbe de tes yeux »)

Adieu faux amour confondu
Avec la femme qui s’éloigne
Avec celle que j’ai perdue
L’année dernière en Allemagne
Et que je ne reverrai plus
(Apollinaire, « La Chanson du mal-aimé »)

👉 La strophe qui comporte 2 vers s’appelle le distique.

Je ne me suis pas consolé,
Bien que mon coeur s’en soit allé.
(Verlaine, « Triste était mon âme »)

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.
(Verlaine, « Colloque sentimental »)

👉 La strophe qui ne comporte qu’1 vers s’appelle le monostique.

Ô fangeuse grandeur ! sublime ignominie ! (Baudelaire, « Tu mettrais l’univers entier dans ta ruelle »)

Ô Satan, prends pitié de ma longue misère ! (Baudelaire, « Les Litanies de Satan »)

2 – Le vers

Un vers, c’est une ligne de poème. Assemblés, des vers forment une strophe. Le vers peut être de longueur variable, respectueux ou non des codes établis (on va y venir !)

🔷 Comment mesurer un vers ?

Pour mesurer un vers, il faut compter ses syllabes.

Voie lactée ô sœur lumineuse ➡️ Voie – lac – tée – ô – sœur – lu – mi – neuse : 8 syllabes

Facile, non ? Attention ! Il y a trois petits éléments auxquels il faut faire attention…

🥇 La règle du « e » muet

Quand on parle, on ne prononce pas le « e » qui termine un mot : « table » se prononce [tabl], « voiture » se prononce [voitur]. C’est un « e » muet.

À l’intérieur d’un vers, quand un mot se termine par « e » et que le suivant commence par une voyelle, on ne compte pas la syllabe. Cependant, si le « e » muet est suivi par une consonne, on va compter une syllabe supplémentaire.

Il tire, traîne, geint, tire encore et s’arrête. ➡️ les syllabes se terminant par un « e » en rouge sont à compter (il faut prononcer [il tireu, traîneu]) ; celles par un « e » en vers ne sont pas à compter (il faut prononcer [tir encor]).

Cette règle s’applique également aux « e » qu’on ne prononce pas dans les noms au pluriel, les verbes conjugués.

Mon gosier de métal parle toutes les langues. ➡️ il faut prononcer [parleu touteu].

🥈 La diérèse

2 sons que l’on a l’habitude de prononcer ensemble peuvent être dissociés. Par exemple, on a l’habitude de prononcer « odieux » en 2 syllabes : o-dieux. Cependant, il arrive qu’il faille le prononcer en 3 syllabes : o-di-eux. C’est une diérèse.

🥉 La synérèse

C’est le contraire de la diérèse : au lieu de distinguer les 2 sons, on les prononce ensemble : « Hermione » se prononce « Her-mione ».

🔷 Les vers réguliers

Dans un poème, on a des réguliers vers réguliers si ces derniers suivent une longueur et une disposition logique.

🔺 Le poète est ainsi dans les Landes du monde ;
Lorsqu’il est sans blessure, il garde son trésor.
Il faut qu’il ait au coeur une entaille profonde
Pour épancher ses vers, divines larmes d’or !
(Théophile Gautier, « Le Pin des Landes »)

Ici, 4 vers de même longueur se succèdent. Ce sont donc des vers réguliers.

🔺 Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l’artiste achève
Seulement par le souvenir.
(Baudelaire, « Une Charogne »)

Ici, on a le schéma suivant : vers de 12 syllabes – vers de 8 syllabes – vers de 12 syllabes – vers de 8 syllabes. Ainsi, même si tous les vers ne font pas la même longueur, l’enchaînement conserve une logique.

🔷 Les vers libres

Dans un poème, on a des vers libres si ces derniers ne suivent ni une longueur ni une disposition logique. On peut remarquer des vers libres sur le visuel du poème : cela

🔺 Les chars d’argent et de cuivre –
Les proues d’acier et d’argent –
Battent l’écume, –
Soulèvent les souches des ronces.
Les courants de la lande,
Et les ornières immenses du reflux,
Filent circulairement vers l’est,
Vers les piliers de la forêt, –
Vers les fûts de la jetée,
Dont l’angle est heurté par des tourbillons de lumière.
(Rimbaud, « Marine »)

Ici, des vers de longueurs différentes s’enchaînent sans logique mathématique : 7 syllabes – 7 syllabes – 4 syllabes – 8 syllabes – 6 syllabes – etc.

D’une manière générale, plus on avance dans le temps, plus les poètes et poétesses se donnent une certaine liberté dans l’écriture.

A suivre…