Dernières strophes de « La chanson du mal-aimé », Apollinaire

Dernières strophes de « La Chanson du mal-aimé » in Alcools (1913)

1 Juin ton soleil ardente lyre
Brûle mes doigts endoloris
Triste et mélodieux délire
J’erre à travers mon beau Paris
Sans avoir le coeur d’y mourir

6 Les dimanches s’y éternisent
Et les orgues de Barbarie
Y sanglotent dans les cours grises
Les fleurs aux balcons de Paris
Penchent comme la tour de Pise

11 Soirs de Paris ivres du gin
Flambant de l’électricité
Les tramways feux verts sur l’échine
Musiquent au long des portées
De rails leur folie de machines

16 Les cafés gonflés de fumée
Crient tout l’amour de leurs tziganes
De tous leurs siphons enrhumés
De leurs garçons vêtus d’un pagne
Vers toi toi que j’ai tant aimée

21 Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d’esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes

Comment le sentiment de mélancolie s’exprime-t-il dans la fin de « La Chanson du mal-aimé » ?

I La mélancolie du poète développée dans la ville

A Structure du texte. Strophes « fleuve » pour conclure un poème « fleuve »

. Rappeler que c’est ici la fin d’un poème très long

. Espace-temps, le récit cadencé d’une marche mélancolique dans Paris

. Dernière strophe déjà présente dans le poème : comme un refrain conclusif

B Une ville en mouvement

. Personnification, prosopopées (= faire parler des éléments inanimés) avec sens plutôt pessimistes : la ville qui accompagne le poète dans sa mélancolie et la reflète même

C Une dimension fantastique qui s’ajoute à la mélancolie

. Ville hostile avec ces personnifications et prosopopées : inspirer la peur, la vulnérabilité dues à la mélancolie. C’est bien la mélancolie qui opère toutes ces transformations

II Le chant de la mélancolie

A La liberté prosodique pour répondre à des sentiments négatifs

. Rupture avec les codes prosodiques (= règles classiques strictes de la poésie), pourtant présents au début du poème : manifestation de la liberté d’entreprendre la mélancolie

. Epizeuxe « toi toi » :  rupture avec une apostrophe traditionnelle, « toi » qui vient comme remplir le vers imparfait 

B Une mécanique textuelle en accord avec la marche du poète

. Nombreux jeux sur les sonorités : effet de continuité, poète errant accompagné par sa propre musique

C La mise-en-abyme du poète-créateur(-musicien)

. Reprise des mots du titre du poème, poète qui parle de son poème à l’intérieur même

. La lyre, instrument de musique associé à la création

Mise en chanson d’un autre extrait de « La chanson du mal-aimé » par Le Mock